1. Ezra Collective: le groove fédérateur
Collectif devenu phénomène, Ezra Collective a été fondé à Londres en 2012 par Femi Koleoso (batterie), son frère TJ Koleoso (basse), Joe Armon-Jones (claviers), James Mollison (saxophone) et Dylan Jones (trompette). Leur obsession : ouvrir le jazz sur la ville, la danse, et donc la jeunesse. Leur album Where I’m Meant To Be, sacré Mercury Prize 2023, résume la démarche : jazz non plus “pour les experts”, mais déstabilisé par l’afrobeat, le reggae, le hip-hop. Preuve de leur rayonnement : une tournée au Japon sold out en 2023, à l’autre bout de la planète.
- Collabore avec Sampa The Great, Jorja Smith
- Le clip “Victory Dance” tourné dans les rues de Lagos, symbole d’un jazz-diaspora
- Près de 80 % de leurs streams réalisés par des moins de 35 ans, selon Spotify UK
2. Steam Down: l’improvisation comme espace radical
Steam Down, c’est le projet fondé en 2017 à Deptford, au sud-est de Londres, par le saxophoniste Ahnansé (Wayne Francis II). Leur jeudi soir “Steam Down Session” s’est imposé comme la jam la plus explosive de la capitale : un maelström où grime, spoken word, jazz modal, broken beat, africana s’entrechoquent, souvent dans la même mesure. L’enjeu : inclure le public, jouer sans filet, ouvrir la scène à tou·te·s. La majorité de leurs membres vient de la diaspora africaine ou caribéenne ; chaque session est un acte politique en soi : saturer le jazz britannique de la réalité multiculturelle du pays.
- Lauréats du Best Live Experience aux Jazz FM Awards 2019
- Influences majeures : Sons of Kemet, The Comet Is Coming, grime et drill
- Sortie du premier LP Five Fruit en 2023 chez Decca
3. Tomorrow’s Warriors : l’incubateur
Si la nouvelle scène britannique a si bien fleuri, elle le doit largement à Tomorrow’s Warriors, collectif-pépinière fondé en 1991 par Janine Irons et Gary Crosby. Parmi les alumni : Shabaka Hutchings, Nubya Garcia, Moses Boyd, Femi Koleoso. Ce n’est donc pas “un” groupe, mais un réseau, où transmission, échange, et mentorat s’articulent avec un sens aigu de la justice sociale. Le collectif affirme dans sa charte la priorité donnée aux femmes, aux artistes racisés et aux origines populaires. Chiffre-clé : 87 % des participant·e·s à leurs ateliers identifiés comme “non blancs” (source : Tomorrow’s Warriors).
- Près de 5000 jeunes musiciens formés depuis 1991
- Soutien public majeur : Arts Council England et PRS Foundation
- Programme “Jazz Juniors” dès l’école primaire
4. M10 (Manchester): le laboratoire nordiste
Échappant à la centralité londonienne, M10 – pour Manchester 10 – fédère une nouvelle garde venue du nord : Emma-Jean Thackray (vue aussi sur le label International Anthem de Chicago), Fergus McCreadie, le batteur Rob Turner (GoGo Penguin). Ici, la couleur locale est de rigueur : héritage de la club-culture (Hacienda, warehouse parties), proximité avec la scène house, drum’n’bass ou trip hop. Les projets n’hésitent pas à explorer le minimalisme, les effets électroniques en live, les architectures rythmiques complexes. Le MJF (Manchester Jazz Festival) leur réserve chaque année une scène entière.
- Lancement du label Gondwana Records, phare du jazz “nordiste” (GoGo Penguin, Portico Quartet)
- Partenariat avec l’Université de Manchester pour des résidences d’artistes
- Export à l’international : collaborations avec Makaya McCraven (USA) et Takuya Kuroda (Japon)