Les chiffres parlent : selon l’UK Jazz Census 2022, près de 47 % des auditeurs de jazz au Royaume-Uni ont moins de 35 ans. C’est inédit. Dans ce pays, le jazz était il y a encore vingt ans le terrain de jeu d’une élite vieillissante. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de pasticher Coltrane ou Soft Machine ; il s’agit de jouer comme on vit — c’est-à-dire, autrement.
À l’avant-garde de ce chambardement, la génération Shabaka Hutchings (Sons of Kemet, The Comet Is Coming), Nubya Garcia, Moses Boyd, Emma-Jean Thackray, ou encore, dans un autre registre, Alfa Mist, s’impose aux quatre coins d’un écosystème revitalisé. Cette génération refuse la dichotomie jazz “traditionnel” vs. “expérimental”. Entre grime, broken beat, afrobeat et free jazz, la question de la pureté stylistique est caduque.
- Shabaka Hutchings et son saxophone créent des ponts avec le punk, l’afro-futurisme ;
- Moses Boyd repense la batterie comme le moteur rythmique d’un Londres cosmopolite ;
- Nubya Garcia fait danser la scène jazz sur des syncopes héritées de la soul et du dub caribéen.
Le mot-clé ? Décomplexé. L’appétit d’expérimentation n’a jamais été aussi grand, ni aussi collectif.