Le fossé technique entre chanteur et instrumentiste persiste, mais il se fissure sous l’effet d’une nouvelle génération d’écoles et d’enseignants prêts à bousculer les dogmes. L’émergence de formations transversales (ateliers de direction artistique, modules d’écriture, stages d’improvisation interdisciplinaire) commence à estomper la frontière. Au cœur des grandes écoles, certains enseignants militent pour un « tronc commun » technique et théorique, où le chanteur apprend l’harmonie comme le pianiste, et où l’instrumentiste s’initie à la création vocale.
Mais la route reste longue : le jazz vocal continue d’être confronté à une forme de suspicion académique. Il serait question de « sentiment », de « naturel », là où l’instrumentiste incarne la discipline. Sauf que la scène, elle, ridiculise tous ces conservatismes – Rufus Reid, Sara Serpa, Becca Stevens, Youn Sun Nah, toutes ces figures du jazz actuel montrent chaque jour l’absurdité de ce vieux clivage technique. Sur le terrain, la créativité prime, la frontière s’efface dès que la musique l’emporte sur le dogme.
Reste à souhaiter que les écoles, à leur tour, amplifient cet élan. Le jazz de demain s’écrit déjà loin des vieux clivages entre voix et instrument. Ceux qui hésitent encore à choisir leur camp feraient mieux, peut-être, d’inventer leur propre terrain de jeu.