Le jazz a longtemps résisté à la tentation des effets électroniques. L’acoustique y était fétichisée, presque sacrée. Mais ce n’est pas une résistance qui a tenu, tant la soif d’exploration l’emporte tôt ou tard sur les tabous. Dès les années 70, quelques pionniers — Miles Davis avec ses pédales wah-wah (“Bitches Brew”), Sun Ra et son arsenal de synthés, le Weather Report de Joe Zawinul — injectent l’électricité dans le vieux moteur swing. La pédale d’effets n’est plus un gadget, mais un instrument à part entière. L’idée fait son chemin : l’identité d’un son ne passe plus uniquement par la virtuosité instrumentale, mais aussi par la maîtrise (et la folie) de la texture, de la spatialisation, de la surprise sonore.