Piano préparé & textures granuleuses
Chris Illingworth ne se contente pas de jouer des accords prismatiques : son instrument, préparé, est truffé de tissus, de gommes, de pinces qui modulent sa sonorité, créant des nappes évoquant autant Steve Reich (son idole revendiquée) que Jon Hopkins ou certaines atmosphères minimalistes du label Warp. Ce travail de préparation du piano, hérité du jazz expérimental mais poussé ici dans une direction post-moderne, donne la couleur granuleuse, insaisissable de GoGo Penguin.
Rythmiques syncopées et électricité latente
Rob Turner, batteur à la frappe mutante, puise autant dans la complexité polyrythmique du jazz contemporain que dans les patterns drum’n’bass ou même les textures jungle. Les morceaux sont souvent construits sur des cycles à contretemps et des grooves "cassés", typiques d’une certaine école électronique anglaise. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le titre "Atomised" (2020), où la batterie semble dialoguer avec une boîte à rythmes fantôme.
Contrebasse, le liant insoupçonné
Nick Blacka, véritable colonne vertébrale sonore, tisse le pont entre la physicalité jazz (jeu à l’archet, puissance du grave) et les lignes de basse répétitives et hypnotiques de l’électronica. Ce n’est pas un simple accompagnement harmonicopercussif : chaque note, chaque attaque de corde, devient un micro-groove, addictif, obsédant.