Le vrai basculement s’observe chez ceux qui refusent d’entrer dans les cases du conservatoire. L’explosion de la scène jazz londonienne depuis la moitié des années 2010 a tout d’un scandale pour les puristes. Pourtant, c’est précisément là que grime et hip-hop font irruption :
- Moses Boyd, batteur et producteur, cite Wiley autant que Tony Allen. Son album Dark Matter (2020) balance breakbeats hérités du grime et improvisations dignes du hard-bop.
- Nubya Garcia bâtit ses longues phrases au saxophone sur des rythmes syncopés, nourrie par la double hérédité angleterre-caraïbe, sample volontiers des bribes de vocals hip-hop et produit à la mode grime.
- Shabaka Hutchings (Sons Of Kemet, The Comet Is Coming) considère la scène urbaine londonienne comme une école de spontanéité, intégrant des structures répétitives héritées du grime pour propulser son jazz vers la transe.
Plus que de simples influences, il s’agit désormais d’un état d’esprit : briser la dichotomie entre musicien “instrum” et producteur, casser le cloisonnement jazz/rap/électro. Résultat : dans les festivals (Love Supreme, We Out Here), il n’est plus rare de retrouver des MC’s sur scène avec des jazzmen, improvisant des ponts entre spoken word, grime et free jazz.
À ce titre, le label Jazz re:freshed résume l’attitude générale : offrir une plateforme à l’avant-garde afro-descendante, qu’elle se revendique jazz, grime ou tout à la fois.Jazz re:freshed