Qu’on le veuille ou non, toute tentative de comprendre la vitalité du jazz britannique aujourd’hui commence à Londres. Mais réduire l’actuelle « new wave » à une poignée de clubs du centre serait une erreur : en 2024, la scène jazz locale s’étire, s’infiltre dans des quartiers toujours en mutation, du cosmopolite South London à l’effervescence culturelle de Hackney.
South London : le laboratoire
South London – Brixton, Deptford, Lewisham – n’est pas seulement le terrain de jeu historique des cultures dont le jazz britannique s’abreuve (dub, grime, broken beat…), c’est aussi là qu’est apparu le fulgurant collectif Steam Down dès 2017, instaurant les mythiques jam sessions du mercredi soir dans un pub d’Evelyn Street. Autour de Steam Down gravitent des auteurs de la mutation, à l’image d'Emma-Jean Thackray – compositrice, trompettiste, productrice, révélée dans ces open mics où les codes du jazz se frottent à ceux du hip hop et de la neo soul.
- Brixton a également vu l’éclosion du Jerk Jazz, fusion métissée entre calypso, reggae et improvisation libre (source : The Guardian, 2020).
- C’est ici qu’est né le label Total Refreshment Centre (TRC), repaire d’artistes comme Nubya Garcia, Moses Boyd ou Theon Cross.
East London : Hackney, Dalston, les nouveaux temples
La scène jazz d’East London explose de clubs indépendants, où la frontière entre live, clubbing et improvisation est poreuse : Café Oto pour la musique improvisée la plus radicale, Servant Jazz Quarters pour les formats hybrides, Jazz re:freshed à Notting Hill, qui a lancé nombre de carrières (The Comet is Coming, Shabaka Hutchings), même s'il a vu migrer une partie de ses activités vers l’est.
- Hackney fait figure d’incubateur grâce à l’Oliver’s Jazz Bar et surtout la pépinière du Total Refreshment Centre : collectif, label, lieu de répétition et festival nomade.
- Le quartier abrite le Church of Sound, projet architectural et acoustique, accueilli dans une église désacralisée, devenu point de passage obligé de la nouvelle génération (source : Church of Sound).
Les labels et collectifs : méridiens de la carte
Le jazz britannique se distingue autant par ses collectifs que par ses clubs. Les berceaux de labels comme Gearbox Records (au nord), Brownswood Recordings (à l'ouest), ou de Jazz re:freshed irriguent tous les quartiers et agissent comme catalyseurs d’une scène atomisée mais connectée.
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Jazz re:freshed (Notting Hill puis Hackney) : plus de 500 concerts organisés, label producteur-clé de la nouvelle vague, série 5ive qui a révélé nombre d’artistes.
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Brownswood Recordings (fondé par Gilles Peterson) : à l’origine de la compilation landmark We Out Here (2018), véritable photographie sonore du jazz londonien contemporain.
En 2023, Londres réunissait à elle seule plus de 150 concerts jazz par semaine selon PRS for Music. Mais la capitale n’est plus la seule à faire battre le pouls.