Europe en fusion : créolisation assumée
Difficile de passer à côté de la vitalité européenne. Londres s’impose comme épicentre. Le collectif “Jazz re:freshed” et des labels comme International Anthem ou Gondwana Records dynamitent les codes. À l’affiche : Shabaka Hutchings et ses projets (Sons of Kemet, Shabaka and the Ancestors) réinventent la rencontre Afrique/Caribbean/Angleterre par une transe implacable. Leur album “Your Queen is a Reptile” (2018) amalgame rythmes caribéens, motifs éthiopiens, poésie politique – une référence incontestable.
En France : Arandel, Yom, Anne Paceo ou encore Laurent Bardainne (Tigre d’Eau Douce) multiplient les expériences, piochant dans les musiques gnawas, les chants d’Europe de l’Est ou la rumba congolaise. La scène toulousaine, notamment autour du label Les Disques du Festival Permanent, creuse dans le terreau occitan, aztèque ou maghrébin pour bâtir de vraies propositions sensibles, loin du folklore en costume.
États-Unis : retour aux sources et fusions post-modernes
Le jazz américain, souvent accusé de repli, fait mentir les clichés. À New York, le pianiste Vijay Iyer (d’ascendance indienne) fusionne influences carnatiques, improvisation contemporaine et musiques électroniques (voir son sextet sur ECM). Le saxophoniste Kamasi Washington, fer de lance de la renaissance afro-futuriste (label Brainfeeder), mobilise gospel, funk, et échos d’Afrique de l’Ouest sur ses albums-fleuves (“The Epic”, 2015).
Citons la floraison de festivals comme Big Ears à Knoxville ou le Chicago World Music Festival, plateformes où jazz et world se croisent loin du mainstream, mettant à l’honneur la kora, les tablas, l’électro-folk, et des musiciens venus de cinq continents.
Afrique et Asie : laboratoire planétaire
Difficile de nier l’apport colossal des scènes africaines et asiatiques – devenues des locomotives créatives. L’Éthiopie, grâce à Mulatu Astatke, compositeur mythique, a vu émerger l’éthio-jazz, réinventé par de jeunes pousses comme Hailu Mergia ou The Sorcerers. L’Afrique du Sud brille avec les collectifs de Soweto, ou la relecture du mbaqanga et du kwela par des artistes tels qu’Abdullah Ibrahim (Dollar Brand).
En Asie, la scène jazz de Séoul explose, croisant chant de pansori, musique contemporaine et improvisation brute (Sunjae Lee, Jieun Jung). En Inde, Tigran Hamasyan tisse des liens inédits entre jazz, polyrythmies persanes et folk arménien. Le festival Jazzmandu au Népal illustre cette convergence mondiale.