À Paris, réussir sa carrière jazz ne se joue plus sur le simple choix instrumental ou vocal, mais sur la capacité à oser. Les figures les plus marquantes de la décennie passée sont celles qui auront perturbé la donne, proposé des formats inédits. Vouloir absolument rentrer dans une case — “je serai chanteuse jazz”, “je serai saxophoniste post-bop” — c’est se mettre hors-jeu face à la demande d’un public exigeant et curieux.
Miser sur la voix permet de toucher des publics nouveaux, de séduire hors des cercles traditionnels. Parier sur une démarche instrumentale, c’est inventer la haute voltige sur scène, quitte à prendre le risque de n’intéresser, parfois, que l’élite du genre. Ni l’une ni l’autre ne garantit le succès : la clé, c’est de cultiver la nuance, de jouer sur les deux tableaux, de s’autoriser toutes les libertés dans un écosystème où la réussite, plus que jamais, sourira à celles et ceux qui refusent le confort de la norme.
À l’heure de la multiplication des scènes et des hybridations, une certitude : le public parisien veut être bousculé, pas rassuré. La vraie question n’est plus de choisir entre voix ou instrument, mais d’assumer une identité ouverte, mouvante, qui fasse jaillir l’inattendu – et c’est sans doute là que commence la carrière d’aujourd’hui.