Pourquoi tant d’effervescence ? Ce n’est pas seulement une fuite en avant esthétique. Dans de nombreux pays (France, Royaume-Uni, Norvège, Allemagne, Suisse…), le jazz fait face à la concurrence féroce des musiques électroniques et urbaines, et à l’usure de ses modèles de diffusion (clubs vieillissants, faible visibilité médiatique). Résultat : c’est souvent dans la discrétion (labels indépendants, résidences, scènes alternatives) que s’inventent des projets ignorés des médias généralistes mais acclamés dans les festivals spécialisés (Jazzdor, London Jazz Festival, Moers, Banlieues Bleues…).
Cette dynamique s’accompagne d’une double vitalité : celle des pôles de formation ultra pointus (voir la Norges Musikkhøgskole d’Oslo, la Hochschule de Cologne, le CNSM de Paris, la Guildhall à Londres) et celle d’une scène DIY où beaucoup d’artistes auto-produisent, crowd-fundent, ou initient eux-mêmes leur distribution. Les frontières ne sont plus nationales, ni même idiomatiques : qui peut dire aujourd’hui où s’arrête le jazz et où commence la musique improvisée, l’electronica, ou la création contemporaine ?