À Paris, la diversité ne fait pas tapisserie. Elle se joue, se compose, s’improvise — il n’y a qu’à traîner dans les caves au nord de Montparnasse, longer les berges du canal Saint-Martin, ou squatter les arrière-salles aux allures de ruche créative, pour sentir le pouls d’une capitale musicale qui refuse le sectarisme nostalgique. Depuis une quinzaine d’années, Paris s’est imposé en creuset des musiques hybrides, notamment des dialogues féconds – jamais feutrés, souvent volubiles – entre jazz contemporain et traditions méditerranéennes : Maghreb, Grèce, Turquie, Sud de l’Italie, Proche-Orient. Ce n’est pas une tendance marketing, c’est un mouvement de fond porté par une génération d’artistes et de programmateurs qui n’ont plus peur de brouiller, élargir, réinventer les codes.
Mais qu’on arrête les raccourcis folklorisants : il n’est plus question d’ajouter çà et là un oud sur du swing, ou une darbouka sur “Autumn Leaves” pour faire joli sur l’affiche. La fusion ici s’opère en profondeur, dans les structures mêmes de la musique, l’harmonie, la métrique insolente des pièces asymétriques, la spiritualité du maqâm, la mémoire de l’exil. Les événements phares qui mettent cela en avant à Paris valent le détour, non par posture, mais parce qu’ils tissent réellement un nouveau langage. Tour d’horizon exigeant et subjectif.