Il serait tentant de voir dans l’IA l’annonce d’une standardisation, d’un lissage. Pourtant, le jazz électronique prouve le contraire. Les productions les plus stimulantes naissent là où la machine propose l’inattendu : là où elle génère des enchaînements harmoniques aberrants, des accidents rythmiques, des matières bruitistes qui échappent à la main humaine.
D’ailleurs, le marché ne s’y trompe pas : selon le rapport Grand View Research (2023), le segment “musique générative IA” affiche une croissance annuelle de 17,2 % sur la période 2022-2027, principalement porté par les musiques électroniques, le jazz, et les musiques de jeu vidéo.
Déjà, certains producteurs revendiquent l’usage de “glitchs IA” comme marque de fabrique. C’est le cas du collectif berlinois Jazzanova, qui tire parti d’artefacts involontaires produits par le traitement automatisé sur certains samples (“Strata Records Reimagined”, 2022). Les défauts deviennent langage. L’accident, moteur. Le jazz, fidèle à son histoire, fait des déséquilibres sa vitalité.