Il serait illusoire de croire que le jazz électronique va tout unifier, ou que tout le monde s’y retrouve. Mais son innovation, aujourd’hui, consiste dans sa capacité à refuser le formatage — même celui du “jazz fusion” ou du “nu-jazz” des années 2000, récupérés par les playlists lounge.
Le vrai basculement, il est là : le jazz électronique moderne ne cherche plus tant à choquer ni à s’inventer une légitimité, mais à multiplier les mondes sonores. La critique, longtemps sceptique, commence à suivre le mouvement : les programmateurs du Montreux Jazz Festival ou du Banlieues Bleues (France) consacrent régulièrement des doubles-plateaux à ces nouveaux créateurs hybrides.
Une statistique signale la puissance de ce phénomène : en 2023, plus de 70% des sorties jazz du label Blue Note comportaient des éléments électroniques ou numériques, selon The New York Times.
Faire du jazz électronique, aujourd’hui, c’est ignorer les territoires assignés, oser la complexité et la pluralité, jouer sans appréhension de l’avenir, ni nostalgie ni excès de révérence. Si certains s’acharnent à faire la police du jazz “authentique”, trop tard : la machine est branchée, l’improvisation court partout. La métamorphose est inarrêtable.