Parler du jazz et de la soul, c’est raconter deux trajectoires qui n’ont cessé de s’entrelacer au fil de l’histoire afro-américaine. Immédiatement, deux évidences s’imposent : le jazz et la soul naissent sur le même terreau social, à quelques décennies d’écart, et partagent des ancêtres communs – gospel, blues, field hollers ou work songs. Pourtant, chacun s’est forgé une identité musicale et sociale singulière avant d’initier de passionnants échanges stylistiques. Qu’est-ce qui relie réellement ces deux univers, au-delà des clichés et des amalgames ?
Le jazz émerge au tournant du XXe siècle, à La Nouvelle-Orléans, puis Chicago et New York, se nourrissant des fermentations du ragtime, du blues, des cuivres des fanfares afro-créoles et des syncopes du banjo. À l’opposé, la soul n’arrive que dans les années 1950-60, comme une relecture laïque, urbaine et magnifiquement incarnée du gospel, imprégnée du rythme & blues et des luttes pour les droits civiques. Elle explose à Memphis, Détroit ou Philadelphie. Mais dans les deux cas, l’histoire commence avant la note : dans la violence de l’esclavage, les migrations massives vers le Nord et ce besoin vital d’inventer des espaces de résistance et de fierté culturelle. Comme le rappelle Amiri Baraka dans Blues People, jazz et soul sont inscrits dans l’ADN de la résilience afro-américaine.