On ne comprend rien au jazz d’aujourd’hui si l’on fait l’impasse sur la parenté historique de ces musiques. Le jazz, la soul et le RnB, tous issus des mêmes douleurs, des mêmes célébrations, des mêmes luttes. Si la biguine résonnait à Harlem alors que les premiers combos jazz assemblaient leurs cuivres, la soul, elle, émergeait dans les années 1950-60, croisant gospel, blues, et jazz. Tandis que le jazz flirtait avec le be-bop frénétique, la soul loin d’être simple “musique populaire noire”, allait devenir la bande-son d’une Amérique en pleine transformation, omniprésente dans le mouvement des droits civiques, comme l’analyse Achille Mbembe (France Culture).
- Le RnB premier du nom – “Rhythm and Blues” – désignait déjà dans les années 1940 un style au carrefour du swing, du blues, et du jazz urbain.
- Des géants du jazz, comme Ray Charles ou Nina Simone, jonglaient sans effort entre jazz et soul, refusant la caserne des genres.
- L’utilisation du Fender Rhodes, cette signature sonore de Miles Davis à partir de “In a Silent Way” (1969), acte une porosité définitive entre jazz, RnB et soul. (The Guardian)
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ces mondes se nourrissent mutuellement. Revenir aux racines, pour le jazz, n’a jamais signifié se tourner vers le passé, mais creuser ce sillon du mélange fécond à chaque génération.