1. Shabaka Hutchings – "African Culture" (2022)
Difficile d’ignorer le saxophoniste Shabaka Hutchings lorsqu’on parle d’hybridation jazz-postcoloniale. Connu pour ses groupes The Comet Is Coming ou Sons of Kemet, il s’aventure ici en solo dans une exploration à la flûte, enregistrée au Cap, en Afrique du Sud. Pas de batterie, ni de groove britannique survolté : African Culture est un hommage aux mélodies rituelles africaines, minimalistes et planantes, étirant les souffles et les textures. C’est un album rare par son dépouillement, célébré par NPR et The Guardian comme “un manifeste méditatif de jazz afro-futuriste”.
- Pour aller plus loin : écouter aussi "Black to the Future" (Sons of Kemet, 2021), œuvre majeure du jazz politique et caribéen actuel.
- Source : NPR
2. Nduduzo Makhathini – "Modes of Communication: Letters from the Underworlds" (2020)
Le pianiste sud-africain Nduduzo Makhathini explose en dehors des programmations frileuses avec ce disque paru chez Blue Note (signal fort). Son jazz fusionne spiritualité, rythmes zoulous et héritage de McCoy Tyner, le tout propulsé par une formation virtuose où brillent aussi des voix éthérées. Ce disque a reçu des critiques dithyrambiques dans DownBeat et Jazzwise, et figure déjà parmi les “classiques” de la décennie.
- La scène sud-africaine fait ici la preuve de sa singularité, refusant de n’être qu’un appendice à l’histoire du jazz américain.
- Source : The Guardian
3. Tigran Hamasyan – "The Call Within" (2020)
Le pianiste arménien Tigran Hamasyan est un électron libre dont chaque album explose les balises. Avec The Call Within, il fusionne polyrythmies traditionnelles arméniennes, jazz contemporain, boucles électroniques et furieuses montées “metal-prog”. Si certains thèmes puisent dans le folklore du Caucase, l’écriture harmonique emprunte aussi au post-bop ou à la musique post-minimaliste, le tout exécuté avec une énergie cinétique qui doit autant à Meshuggah qu’à Keith Jarrett.
- Disque salué par Jazzwise pour son “opulence texturale et sa volatilité”.
- Sa virtuosité fait école chez une nouvelle génération d'improvisateurs hybrides.
4. Yazz Ahmed – "Polyhymnia" (2019)
La trompettiste anglo-bahreïnie Yazz Ahmed figure au cœur de la renaissance des big bands londoniens. Polyhymnia est une fresque sonore entièrement dédiée à des figures féminines inspirantes, portée par des mélanges inédits entre maqâms arabes et jazz électro-acoustique. On navigue entre la transe soufie, le rock psychédélique et le funk modal, dans une production puissamment actuelle.
- La presse britannique (The Wire, Jazzwise) en a fait une référence de la "New Jazz UK".
- Un travail sonore qui a inspiré d’autres musiciennes à mêler leur héritage à la fusion contemporaine (notamment Nabihah Iqbal et la scène Manchester Jazz).
- Source : Pitchfork
5. Bokanté & Metropole Orkest dirigé par Jules Buckley – "What Heat" (2018)
La rencontre du collectif Bokanté, projet multiculturel façonné par Michael League (Snarky Puppy), et du Metropole Orkest néerlandais, dynamite le format fusion/world habituellement polissé. On y entend des chants créoles, des riffs blues, une orchestration ample qui convoque à la fois l’Afrique de l’Ouest et le groove new-yorkais. L’album, arrangé par Jules Buckley, a été nommé aux Grammy Awards pour son inventivité.
- Un modèle du genre : chaque morceau brouille la géographie du jazz au profit d’un langage choral résolument puissant.
- La place des percussions et des voix en fait un disque à écouter fort, à la croisée de l’afrobeat, du jazz-pop et de la musique caribéenne.
- Source : Grammy.com
6. Kokoroko – "Could We Be More" (2022)
Coup de projecteur sur le collectif londonien Kokoroko, dont le premier album prolonge la vibe afrobeat-future jazz popularisée par Ezra Collective ou Nubya Garcia. Trompettes, guitares highlife, groove irrésistible, sens du riff comme dans la scène pop britannique, sans jamais sacrifier la subtilité des arrangements. “Could We Be More” s’écoute autant sur le dancefloor qu’en méditation urbaine.
Pitchfork et Rolling Stone UK l’ont placé dans leur Top 10 des albums jazz de l’année 2022.
7. Dhafer Youssef – "Sounds of Mirrors" (2019)
Au confluent des traditions persanes, indiennes et maghrébines, le joueur d’oud et chanteur Dhafer Youssef repousse ici une nouvelle fois les limites de la fusion spirituelle. Percussions soufies, tablas, saxophone de Husnu Senlendirici : tout vibre, rien ne s’essouffle dans un album salué par France Musique pour sa modernité rayonnante. Aérien, contemplatif, mais traversé de fulgurances électriques.
- La virtuosité des musiciens (dont Zakir Hussain) s’écoute comme une conversation intime entre continents.
- Source : France Musique