Derrière l’hybridation opérée par Moses Boyd, ce qui frappe, c’est la volonté de ramener la musique au centre de la ville, de la rue, du mouvement. Il s’agit d’un jazz qui n’est pas posture mais processus, d’un laboratoire qui écoute autant Flying Lotus que Fela Kuti. Ses expérimentations ne signent pas la mort du jazz mais rappellent que sa survie passe par sa capacité à se frotter à son époque, à y faire vibrer d’autres traditions, d’autres affects, d’autres urgences.
Par sa trajectoire, Moses Boyd dessine une utopie très concrète : celle d’une musique perméable, politique, qui galvanise autant les corps que les esprits. Rien à voir avec une simple “mise à jour” high-tech : il s’agit de réinventer l’aventure collective, ouverte, d’un jazz qui a compris que la piste de danse valait bien les bancs de l’auditorium.