Lorsque l’on s’arrête sur quelques noms, force est de constater que ce ne sont pas les marginaux qui se sont laissés fasciner. Ravel, Stravinsky, Milhaud, Debussy avant eux, mais aussi Krenek, Hindemith ou Weill, tous plongent leurs mains dans la pâte jazzique pour régénérer l’écriture savante.
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Darius Milhaud : Fasciné par le jazz découvert à Harlem lors d’un séjour à New York en 1922, il compose La Création du Monde (1923), un ballet où saxophone, batterie et polyrythmies dansent sur la partition classique. Milhaud y voit « la restauration de la musique populaire, la réintroduction de l’audace rythmique » (Notes sans musique, 1949).
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Claude Debussy : Bien avant les folies du jazz symphonique, Debussy entend les cake-walks à Paris et glisse à partir de 1903 des syncopes et des gammes pentatoniques dans Golliwogg’s Cakewalk ou Children’s Corner.
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Igor Stravinsky : Dans Ragtime (1918) puis Ebony Concerto (1945), l’influence du jazz n’est pas un folklore mais un matériau brut, utilisé comme tension rythmique, pulsation indocile, friction entre timbres.
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Ravel : Le Concerto pour la main gauche (1932), écrit pour Paul Wittgenstein, est imprégné d’accents bluesy – Ravel admirait le jeu de piano de Jelly Roll Morton et voulait “mettre des blue notes dans la grande forme européenne” (lettre à Marguerite Long, 1931).
La liste serait longue : Erwin Schulhoff, Arthur Honegger (Concertino pour piano et jazz band, 1925), Paul Hindemith, Kurt Weill (The Threepenny Opera), jusqu’aux Ballets Suédois de Jean Börlin qui, dès 1920, mélangent jazz-band et instruments classiques.