On ne le dira jamais assez, le jazz est né sur le sol américain. Musicalement, il est l’enfant des traditions africaines, européennes et créoles, mais c’est au cœur de la Nouvelle-Orléans, à la fin du XIXᵉ siècle, qu’il s’est structuré en tant que genre. Rapidement, cette musique, calorifère et libre, s’est exportée bien au-delà des frontières américaines. Dans les années 1920, le jazz traverse l’Atlantique pour séduire un public européen curieux et exalté, notamment à Paris et à Berlin. Mais ce qui, au départ, apparaît comme une simple appropriation ou un hommage a évolué en une véritable éclosion créative. Alors, comment l’Europe est-elle passée de spectatrice fascinée à actrice majeure dans l’histoire du jazz ?
Au fil des décennies, deux processus complémentaires se sont dessinés en Europe : l’assimilation des éléments fondamentaux du jazz américain – swing, improvisation, rôle central du blues – et l’intégration de spécificités locales, culturelles et musicales. Pourtant, rompre avec l’héritage américain n’a pas été chose aisée : face au génie d’un Louis Armstrong ou à l’aura d’un Charlie Parker, difficile de s’émanciper sans complexe. Clairement, l’histoire du jazz européen démarre souvent par un mimétisme assumé, mais rapidement nuancé par une quête identitaire propre.