Le legs de Miles Davis dans la fusion jazz/électronique n’est pas seulement affaire de technologie. C’est d’abord une philosophie : celle de décloisonner, de provoquer les habitudes, d’inscrire le jazz dans un mouvement perpétuel d’invention. Sa relation avec les instruments électriques puis électroniques, son appétit pour l’altérité, ses recrutements de musiciens jeunes et radicaux, tout cela finira par contaminer, des années plus tard, une scène aujourd’hui foisonnante où artistes comme Makaya McCraven, Kamaal Williams ou encore Christian Scott aTunde Adjuah reprennent le flambeau : samplent, pluguent, triturent, tout en revendiquant l’héritage du jazz.
Miles Davis n’a pas seulement “fusionné” le jazz et l’électronique. Il a changé la question : non plus que puis-je faire avec les sons existants, mais jusqu’où aller sans remonter la même rivière ? Ceux qui cherchent l’âme d’un genre fossilisé risquent de ne pas en sortir vivants. Chez Davis, tout est passage, glissement, puissance en devenir. C’est pour ça qu’il demeure incontournable : parce qu’il n’a jamais cherché à être une icône, seulement un éclaireur. Qui ose encore lui emboîter le pas ?