La question “où finit le jazz et où commence Esperanza Spalding ?” mérite d’être posée. On peut mesurer l’impact de ses parcours à la fois par les collaborations (Herbie Hancock, Prince, Terri Lyne Carrington…) et par l’influence qu’elle exerce sur une nouvelle vague de musiciens :
- Explosion des chanteuses-bassistes : Linda May Han Oh (collaboratrice de Pat Metheny), Meshell Ndegeocello…
- Hybridations esthétiques inspirées (nouvelle scène Jazz/Neo-Soul de Londres, cf. Nubya Garcia, Shabaka Hutchings).
- Visibilité accrue des minorités et encouragement à la transversalité stylistique (thématique majeure dans Jazzwise, 2023).
Alors que son agenda alterne entre projets éducatifs, concerts immersifs (comme "Songwrights Apothecary Lab", résidence sur-mesure à la Village Vanguard en 2021), composition scénique et collaborations avec des chorégraphes, Spalding continue de brouiller les pistes. À l’heure où l’accès au jazz semble à nouveau contrôlé par quelques gatekeepers nostalgiques ou par des algorithmes peu aventureux, elle rappelle, à chaque prise de parole ou de note, que le jazz n’a jamais été autre chose qu’une force de liberté et d’invention collective.
En 2017, lors d’une Masterclass au Festival de Montreux, elle déclarait : “Le jazz c’est l’espace du risque, de la curiosité. La basse, le chant, ça n’est que le point de départ.” La réponse à la question initiale – comment Esperanza Spalding a-t-elle redéfini le rôle de la basse et du chant ? – tient donc en une proposition subversive : en remplaçant la notion de “rôle” par celle de “possibilité”. Et le jazz, soudain, redevient un terrain de jeu magnifique, ouvert à toutes les aventures.