Le jazz n’est pas une pièce de musée, même si certains aimeraient continuer à le penser. Oublions la poussière de la révérence, Kind of Blue constamment rabâché, ou l’inévitable Night in Tunisia joué pour la millième fois. Aujourd’hui, le jazz court les ruelles de Soweto, se réinvente à Oslo, crépite à Chicago, pulse dans les rues de Londres ou se rebelle à Buenos Aires. Le terrain de jeu est mondial, éclectique, et les musiciens n’ont jamais été aussi insatiables dans leur manière de bousculer les frontières.
Derrière la classique division entre jazz instrumental et jazz vocal, on trouve une effervescence de propositions hybrides, une vitalité des écritures et des improvisations, des esthétiques qui fusionnent, s’opposent, interagissent ou s’ignorent vaillamment. Qui peut prétendre que le jazz vocal, au XXIe siècle, doit se contenter d’imiter Ella, Billie ou Sarah ? Qui peut croire que l’instrumentalisme doit forcément s’agenouiller devant Coltrane ? Décortiquons les mutations récentes – sons, formes, voix, récits – du jazz contemporain, pour comprendre pourquoi cette musique ne cesse d’interroger aussi bien nos oreilles que nos certitudes.