Il fut un temps où condamner le jazz à la case “musique afro-américaine” suffisait à clore toute discussion sur ses racines. L’idée rassurante d’un grand arbre généalogique qui partirait des plantations, passerait par La Nouvelle-Orléans et irait mourir dans les studios new-yorkais. Mais il suffit d’écouter une heure de Mahmoud Guinia, Randy Weston ou Cheick Tidiane Seck pour sentir tout ce récit figer, voire craquer. Le jazz n’est pas un enfant qui a quitté son continent pour l’Amérique et n’en aurait gardé qu’un exotisme de façade. C’est une musique qui, après la parenthèse coloniale, n’a cessé de rebondir entre les deux rives de l’Atlantique – jusqu’à tisser, au XXe siècle, de profondes alliances entre artistes jazz et musiciens africains traditionnels, inventant ainsi des sonorités et des formes inouïes.
Mais comment, concrètement, le jazz et les musiques africaines se sont-ils hybridés dans les décennies postcoloniales ? Ce voyage n’a rien d’un retour aux sources, mais tout d’une bousculade créatrice, nourrie par les fantômes de la colonisation, les indépendances, et la modernité fébrile des grandes capitales africaines et occidentales.