Le rapprochement entre pop et jazz n’est pas un effet de mode passager, ni une simple broderie instrumentale. C’est, pour une génération d’artistes, la possibilité d’élargir l’horizon sonore. La pop hexagonale, longtemps accusée d’académisme, voire de douce paresse mélodique, a trouvé dans les codes jazz une réserve quasi inépuisable d’irrévérences et de sophistication. Il faut dire que le jazz, avec son héritage de transgressions harmoniques, de rythmes complexes et de grain improvisé, a de quoi attiser les imaginaires.
On ne parle pas ici de simples clins d’œil : il y a chez Juliette Armanet, L’Impératrice, Clara Luciani ou Voyou une volonté d’aller chercher ailleurs, de surseoir à la sacro-sainte “chanson à texte” pour injecter un supplément d’âme et de swing. Ce mouvement s’inscrit aussi dans une histoire transgénérationnelle. Les années 70 avaient déjà vu Serge Gainsbourg convier Michel Portal, ou Véronique Sanson s’acoquiner avec les jazzmen américains de la Côte Ouest. Mais la dynamique, aujourd’hui, est plus diffuse et décomplexée, tirant profit de ce que la production moderne permet en matière de métissage sonore.